Appel Dublin : la parole aux étudiant-e-s en travail social

Les travailleurs-euses sociaux-ales
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mpuissante-s et nié-e-s dans leur travail.

Solidarité Tattes aurait aimé pouvoir recueillir le témoignage d’assistants sociaux et assistantes sociales en lien direct avec les personnes NEM Dublin. Mais nous n’avons trouvé aucune personne prête à témoigner. Crainte de perdre sa place de travail ? Trop grande distance entre nous, les militant-e-s et eux, les professionnel-le-s ? Nous nous sommes donc approchés des étudiant-e-s en travail social pour connaître leur point de vue. Voici leurs témoignages et leurs réflexions.

 « J’ai dû m’occuper d’un enfant dont la famille nombreuse était NEM Dublin vers l’Italie. Les parents et les enfants avaient mendié pendant plusieurs mois dans la rue pendant leur passage dans ce pays et ils étaient terrorisés à l’idée d’y retourner. Pendant mon stage, je devais accompagner l’entrée à l’école d’une petite fille de 6 ans.

La petite a commencé l’école, mais elle s’est mise à manquer de plus en plus souvent. Alors je suis allée voir la famille. En fait, la mère n’osait plus envoyer ses enfants à l’école, car le délai Dublin s’approchait et elle avait peur que la police vienne prendre ses enfants directement à l’école et qu’elle en soit séparée.

La petite est revenue à l’école. Puis, brusquement, elle a complètement cessé d’y aller, ainsi que ses petits frères. Je suis donc retournée dans le foyer où ils étaient logés pour avoir des nouvelles.

Mais personne ne savait rien de la famille. L’intendant est allé ouvrir la porte de leur logement : complètement vide ! La famille avait… fui la Suisse ! Le père, la mère et les huit enfants ! Comment avaient-ils fait pour partir, et pour partir où ? Après avoir dû fuir leur pays (au Moyen Orient), après avoir fui l’Italie, voilà qu’ils avaient fui la Suisse ! Je me suis sentie complètement bouleversée, impuissante et… niée dans mon travail, qui devait durer 6 mois, mais qui a été stoppé après 4 mois ».

 « Moi, j’ai rencontré surtout des personnes NEM Dublin, pour la plupart hommes célibataires, qui vivaient dans les abris PC. Ils se sentaient des sous-hommes, mis de côté, exclus et seuls. L‘un d’eux craignait d’être renvoyé en Italie. Il disait que, même en bunker, c’était mieux ici qu’en Italie. Ils essayaient toujours de faire sortir les côtés positifs de leur situation. Travailler dans les bunkers, c’est insupportable. Alors pour y vivre… »

Concernant la formation reçue pour être capable d’affronter les situations de précarité migratoire et administrative, il semble que les messages transmis soient insuffisants pour permettre aux professionnels de faire face. Surtout, le travail social a changé :

« Il y a 15 ans, les AS passaient Noël avec les réfugiés. Les mêmes AS ont changé et ont dû s’adapter aux nouvelles conditions des gestions publiques.

Les conditions de travail sont dures : le nombre d’usager-ère-s a tellement augmenté que les AS ne voient plus les êtres humains, mais les dossiers. Ils ont des problèmes par rapport à la hiérarchie : « Si personne ne m’écoute, je n’écoute personne ». On nous demande d’être des « agents de contrôle » et de donner des sanctions quand les usagers ne se comportent pas comme on l’attend d’eux.

Un thème qui revient sans arrêt dans la formation de travail social, c’est celui du rapport entre la distance et la proximité. On nous rappelle sans cesse qu’il faut prendre de la distance. Bien sûr, le travailleur social n’a pas à pleurer en même temps que la personne qu’il accompagne et la distance est nécessaire pour prendre les bonnes décisions. Mais la proximité est tout autant indispensable pour créer le lien qui va permettre de connaître la personne pour pouvoir l’aider de manière bienveillante et adéquate ».

Selon les personnes interviewées, les AS qui donnent l’impression d’être protocolaires ou pas accueillantes le seraient malgré eux-elles, à cause des conditions et mutations du travail social. On met les AS dans de telles situations qu’ils-elles ne peuvent plus rien faire. Pourtant, toujours selon les personnes interviewées, ils-elles pourraient chercher des voies alternatives qui respectent les lois, mais sans les appliquer à la lettre.

Interview de Solidarité Tattes à des étudiant-e-s en travail social